Empêtré dans le mensonge d'un camarade

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Traduit de l'anglais par Divyesh Nagarajan, Victoria, Canada

avec l'assistance des moines du monastère hindou de Kauaï, Hawaii


Anand remarqua que le regard de Jothi retournait constamment vers la porte et oubliait leur projet informatique. Enfin, il fit, « Jothi, moi aussi j’aimerais bien aller m’amuser. Mais je suis resté pour t’aider à finir ton projet, et tu ne fais pas attention. Si on continue comme ça, on y arrivera jamais. »


Après encore quelques distractions de la part de Jothi, Anand sentit monter sa colère et dit : « Écoute, concentre-toi, ou je m’en vais ! » Nikhil et Ved qui étaient présents levèrent les yeux vers Jothi, surpris par le ton des paroles d’Anand. Jothi rougit et fit avec impatience, « Oh, tu te crois bien malin, hein ? Tu crois tout savoir, hein ? Je terminerai quand bon me plaira. »


« Alors, tu devras le faire tout seul » répondit Anand. Mais comme Anand se levait, Jothi saisit son bras de sa main forte. « Ah non. mon ami, tu ne vas pas simplement t’en aller! Luttons, plutôt. Si tu gagnes, tu peux partir. Si c’est moi, tu dois terminer mon projet. »


Puis Jothi le tira vers lui et Anand perdit son équilibre. Pour de ne pas tomber, il essaya d’attraper le bord du bureau, mais manqua son coup, n’atteint que quelques câbles, et tomba lourdement par terre. Le clavier tomba sur le côté de la table, et puis, avec un bruit retentissant, le moniteur de l’ordinateur tomba par terre à ses pieds.


Pour quelques instants, le silence était total. Les garçons étaient abasourdis. Jothi dit enfin : « Lève-toi, imbécile. Si le prof te voit couché  comme ça, ça ira mal. »


Jothi ramassa vite le moniteur, le remit sur la table, et tâcha de l’allumer, mais le moniteur semblait être mort. Nikhil et Ved se regardèrent, craintifs. Anand, déjà debout, dit : « Pourquoi m’as-tu poussé comme ça? Vois le résultat ! »


Jothi répondit calmement : « Anand, on ne faisait que s’amuser. Ce n’était la faute à personne. Quand le prof Kumar nous le demandera, tu pourras toujours lui dire que j’ai trébuché sur le fil électrique et que je l’ai fait tomber. »



Anand répondit, « Mais c’est un mensonge. Ce n’est pas vrai. »


« Ne te tracasse pas pour la vérité. Ça ira mal, si on  dit la vérité » fit Jothi.


A cet instant même, M. Kumar entra et s’exclama : « Mais, quel était ce bruit ? »


Jothi sourit légèrement et dit : « Monsieur,  je me suis pris dans le fil électrique et il est tombé Je crois qu’il ne marche plus, on ne peux plus l'allumer. »


M. Kumar regarda les garçons, l’un après l’autre et tâcha en vain d’allumer le moniteur. Puis, se tournant vers Anand, demanda encore : « Que s’est-il passé, Anand ? »


Anand baissa la tête et, du coin de l’œil, vit le regard dur de Jothi. Dire la vérité ne serait pas bon pour Jothi. Il avait déjà eu plusieurs ennuis au cours de l’année scolaire. Cette fois, on pourrait le renvoyer . En dépit de sa conscience, Anand dit : « C’est arrivé comme l’a dit, Monsieur. »


Secouant la tête, il se tourna vers les deux autres garçons qui paraissaient effrayés et ne négligèrent pas de soutenir le compte-rendu de Jothi.


Jothi fit un beau sourire et rajouta : « Monsieur, ils disent bien que je vous dit la vérité. Me croyez-vous à présent ? »


Le professeur continua à secouer la tête : « Tu dois apprendre à faire attention. Cet ordinateur coûte cher. Tu dois en prendre soin comme s’il était à toi. » Disant cela, M. Kumar se tourna pour sortir, mais comme il atteignit la porte, il se retourna brusquement et regarda Anand. Il remarqua tout de suite qu’Anand évita vite son regard et fixa le mur et sut dès lors que quelqu’un mentait.

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Anand sortit du labo, bouleversé et troublé. Pourquoi Jothi l’avait-il poussé? Après tout, il ne faisait qu’essayer d’aider Jothi! Et puis il fut forcé de mentir pour lui ! Peut-être que Jothi n’était plus son ami. Vraiment, tout semblait aller très mal.


Soudain, il sentit que quelqu’un marchait à côté de lui. Il tourna la tête et vit son père qui souriait. « Papa, je suis bien content de te voir » et tâcha de prendre sa main.


Le père regarda son fils et vit tout de suite que quelque chose ne tournait pas rond. Il sourit doucement et fit : « Tu as eu une mauvaise journée, fils ? »


Anand ne pouvait pas le regarder franchement. Comment lui dire la vérité ? Et s’il mentait, ce serait encore un mensonge et bientôt il serait pris dans un bourbier de mensonges. Il décida de faire confiance à son père et  de dire la vérité. Il raconta les événements de la journée, qu’il essayait d’aider Jothi, la lutte, le moniteur qui tombe et enfin le mensonge dit à M. Kumar.


Son père avait toujours été gentil avec lui. Il croyait en ahimsa, la non-violence. Il n’avait jamais fessé ou giflé son fils. Les quelques fois où il s’était fâché et avait parlé durement à Anand, il s’en est excusé par la suite. Quand Anand agissait mal, son père lui expliquait soigneusement son erreur. S’il le punissait, c'était en lui retirant des privilèges, ne pas pouvoir jouer avec ses amis pendant une semaine, par exemple. Anand avait confiance en son père parce qu’il était tellement patient.


Son père lui dit, « Je te félicite de ta décision de dire la vérité. Tu as compris qu’il n’y a aucun avantage à continuer à mentir. Tu eus tort d’avoir menti au professeur. D’accord, Jothi est ton ami, mais l'amitié ne doit pas te faire agir mal. Tu dois être inébranlable quant à tes principes. Tu ne dois pas simplement faire ce qu’on te dis, surtout si c’est malhonnête. Il n’y a pas d’excuses pour ce que tu as fait. Pour ta tranquillité d’esprit, tu dois corriger cette erreur. Commence par demander pardon à ton professeur. »


Dès son arrivée à l’école le lendemain matin, Anand se rendit au bureau des professeurs. M. Kumar pouvait voir qu’Anand était troublé et lui dit : « Viens ici, jeune homme. Qu’y a-t-il donc ? »


Anand regarda franchement son professeur : « Monsieur, hier, je vous ai menti. Ce qui s’est réellement passé est bien différent de ce que nous avons raconté. J’ai trébuché et j’ai fait tomber le moniteur. »


« Tu es tombé ? Comment ? » demanda M. Kumar.


Anand hésita un moment. Il savait que dire la vérité causerait aussi des ennuis à Jothi.  Cependant son père avait raison; il ne pouvait plus vivre avec ce mensonge. Non. Enfin, il dit : « Monsieur, nous nous sommes battus. Je voulais rentrer chez moi, mais Jothi m’en empêchait. »


M. Kumar compris très vite que les garçons avaient renversé le moniteur tandis qu’ils se battaient. Il dit : « Je suis content que tu sois venu me dire la vérité. Mais tu as m’a menti hier, ce qui était mal. Décide tout de suite de ne plus jamais le faire. »


Ces paroles dures furent adoucies par la gentillesse des yeux de M. Kumar qui ajouta, souriant : « Tu es un bon garçon. Tu as une bonne disposition qui te guidera toujours. Mais ne fréquente pas ceux qui cherchent à te détourner du bon chemin. Voilà ce qu je te conseille. »


Jothi et les deux autres garçons furent appelés dans la salle de les professeurs. Jothi répéta son mensonge, mais Nikhil et Ved avouèrent la vérité. On interdit à Jothi d’entrer dans la salle d’informatique pendant un mois, ce qui signifiait qu’il aurait à se rattraper plus tard. Anand et les autres garçons n’ont pas échappé à la punition non plus et on dû, après les heures de classe et pendant deux semaines, nettoyer la salle d’informatique.


Après l’incident, Anand fut poli avec Jothi. Mais il ne le considérait plus comme son ami et ne le fréquentait plus.


L’année suivante, Jothi fut pris à mentir encore plus énormément et renvoyé de l’école. Anand pensa : « Si j’avais continué à mentir au sujet de l’accident d’ordinateur, j’aurais peut-être toujours été son ami et peut-être impliqué dans ce nouveau trouble. J’aurais pu être renvoyé comme lui. Mon père avait raison, il faut choisir ses amis avec prudence. »

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