Comment nous sommes redevenus végétariens

Traduit de l'anglais par Divyesh Nagarajan, Victoria, Canada, 

assisté des moines du monastère hindou de Kauai (Kauai's Hindu Monastery)


Janaki marchait sur la route, se réjouissant de voir la merveilleuse Stone Mountain, alors que les rayons du soleil l’éclairaient comme un monument sculpté par la nature. Son retour de l'école n’était jamais ennuyeux. Elle pensait à sa famille et son foyer qui lui parraissaient constants et solides comme la montagne, et fournissant un abri pour elle-même et ses sœurs aînées, Vani et Reshma. 


Ce jour-là, à mesure que les trois sœurs arrivèrent chez elles, leur mère ouvrit la porte qui laissa échapper le parfum merveilleux de dosa (crêpe indienne) toutes chaudes. Janaki respira profondément et dit : « Amma (Maman), j'ai faim ». Celle-ci l’embrassa et lui dit : « Lave-toi d'abord les mains ». 


Ceci fait, Janaki demanda, « Pourquoi des dosas et pas du poulet-en-pâte aujourd'hui, Amma ? »


« Je voulais simplement que vous goûtiez l'excellent chutney et sambar qu’a préparé Tantine Sunitha pour toi et tes sœurs. » Amma regarda en direction des trois filles et de leurs visages innocents. Janaki, la plus jeune, avait à peine huit ans. Vani en avait douze et était grande pour son âge. Et Reshma, à quatorze ans, commençait déjà à s'épanouir. 


« Pourquoi est-ce que Tantine ne fait que de plats végétariens ? Elle n'aime pas le poulet ? » demanda Vani, plongeant un morceau de dosa dans la sambar chaude. 


Amma détourna les yeux et dit : « Toi et tes sœurs, vous savez que Grand-mère était végétarienne, et ton père et moi aussi, quand nous étions en Inde. Il est facile d’être végétarien en Inde, la plupart de nos parents et nos amis l’étaient. Mais ici, on s’est adaptés à la culture américaine, et aux plats non végétariens. Je sais que vous aimez l’un et l’autre, et on ne veut pas vous imposez une seule façon de faire. Mais quand je pense à ma mère, parfois, je regrette d'avoir abandonné le végétarisme. Elle était mince et très forte. A quatre-vingts ans elle était indépendante, sa vue était toujours bonne et son ouïe fine. Je me demande si je pourrai faire de même à son âge. Bon, assez parlé de nourriture. Parlez-moi de votre journée à l'école. » 


Mais une autre pensée vint soudain à Janaki, et elle s’exclama : « Amma, l'autre jour au temple, le prêtre expliquait que Mahatma Gandhi était végétarien et parlait d’ahimsa, mais je n’ai pas bien compris. Qu’est-ce que c’est ? » 


« Ahimsa veut dire non-violence, chérie » , répondit Amma en servant Janaki encore une dosa toute chaude. « Mais ce mot ne signifie pas simplement non violence physique. Il inclut la non violence par les mots, les pensées et même par nos intentions. Ahimsa c’est ne jamais faire aucun mal à quiconque. » 


« Alors, si c’est ça que ça veut dire, nous ne pratiquons pas ! » fit simplement Janaki. 


« Mais pourquoi donc ? » répliqua Amma, surprise. « Nous ne sommes des gens paisibles. On ne se bat avec personne, si ? » 


« Non. Mais on mange les bêtes, comme le poulet et l'agneau. N’est-ce pas cruel et contre l'ahimsa ? » 


Reshma tapa des doigts impatiemment sur la table et dit : « Laisse tomber ce sujet absurde. Vous aimez le poulet autant que nous tous. Pourquoi cette préoccupation soudaine pour le bien-être des bêtes ? » 


Janaki reprit sa dosa, toujours préoccupée. Tout à coup, elle dit : « à propos de bêtes, où est Pouli ? » Pouli, un chat bengali, était venu chez eux tout petit et malicieux. À quelques mois, il fit de Janaki sa préférée. À deux ans, il était devenu très gros et passait la plupart de son temps dehors, assis sur la barrière. Il était brun avec des rayures noires, ce qui lui donnait l’air d’un petit tigre, alors on l'appela Pouli, soit tigre en tamoul. 


« Pouli, où es-tu ? » cria Janaki. Puis vint la réponse : un tout petit miaou. Elle le trouva confortablement recroquevillé sous l'escalier, le prit tendrement dans ses bras et l'emporta. Ouvrant ses yeux jaunes mouchetés, le chat jeta un regard grincheux, comme s’il disait : « Pourquoi tu déranges ma sieste royale ? »

La soirée se poursuivit, et vers la nuit, les filles se dirigèrent vers la grande chambre à coucher qu’elles partageaient. La maison était grande et on allait bientôt construire deux autres chambres. Reshma entra et dit : « Il me tarde d’avoir ma chambre à moi ».


« Quand tu auras ta chambre à toi et que Vani aura la sienne, celle-ci sera la mienne, non ? Alors, j’aurai Pouli avec moi ? » « Eh bien, il passe déjà tout son temps ici. Va-t-il ailleurs ? » Demanda Vani, jetant un coup d'œil à Pouli déjà assoupi au pied du lit. « Il est de plus en plus paresseux, celui-là ! », déclara Reshma en le chatouillant. Ronronnant de plaisir, Pouli s’étira et se réinstalla plus confortablement. 


Le ciel était clair et quelque part au loin un hibou hululait avec abandon. Dans l'orme près de la chambre à coucher, un oiseau était perché près de son nid. Tout était calme, paisible et joyeux. Alors que Janaki posait sa tête sur l’oreiller moelleux, elle fit une prière pour remercier Dieu Siva de tant de grâce. 


Puis elle rêva qu’elle partageait avec ses camarades son essai sur « Les fêtes de l'Inde ». En parlant de Diwali, elle décrit les feux d'artifice. Son rêve était empli de lumières, de couleurs et de bruits, quand tout à coup son sommeil fut interrompu par un autre genre bruit. Elle se réveilla se sentant un peu perdue et incertaine de ce qui se passait. Regardant autour d’elle dans la chambre sombre, elle essayait de comprendre ce qui l'avait réveillée. Le bruit se répéta et la fit frissonner de peur. C'était un bruit étrange et affreux ! Elle était maintenant bien réveillée, écouta attentivement et se rendit compte que c’était Pouli. Pourtant, ce n'était pas son miaulement habituel. Soudain elle craignit qu’il se fut blessé. Se levant vite, elle alluma la lampe de chevet, appelant : « Pouli, où es-tu ? » 


Dès que la lumière s’alluma, ses yeux s'arrêtèrent tout de suite au sol. Horrifiée, elle vit une tache rouge foncé, cria « Vani ! », réveillant celle-ci et l’effrayant. Dans le lit voisin, Reshma ouvrit lentement ses paupières lourdes. Puis les deux se précipitèrent vers Janaki, mais s'arrêtèrent brusquement quand elles virent le sang sur le parquet. « D'où vient tout ce sang ? Janaki, es-tu bien ? » cria Reshma. « Je, je, je pense que c’est Pouli. Il miaule d’une drôle de façon, et ça m’a réveillée. » 


Vani alluma d’autres lumières et regarda tout autour. Pouli était assis dans un coin avec, dans ses pattes, le plus grand rat que Vani ait jamais vu. Il était mort, et saignait de partout. Elle sentit ses soeurs venir derrière elle, tandis qu’elle se trouvait obnubilée par ce qu’elle voyait. Maintenant, toutes les trois fixèrent avec horreur cet odieux spectacle. Cependant Pouli avait l'air très fier de son attrape et Janaki s'exclama : « Il l'a traîné jusqu’ici pour nous le partager ! Pouah ! »


D’en bas, Appa et Amma entendirent la commotion et montèrent. Appa prit le rat par la queue et le jeta dehors. Janaki pris un chiffon et nettoya le sang. Pouli fut vexé que son rat ait disparu et couru après. Les trois filles, toujours choquées, se recouchėrent. Mais elles dormirent mal. 


Le lendemain soir, Tonton et Tata vinrent dîner. Pour respecter leur coutume, le menu du soir était végétarien. Dès qu’ils arrivèrent, Vani se précipita vers Tonton et lui raconta l’incident d’hier soir. Tonton avait l'air pensif en voyant le visage troublé de Janaki et dit doucement : « Qu'est-ce qui ne va pas ? » 


Amma regarda Tonton avec surprise et dit : « Comment cela, qu'est-ce qui ne va pas ? Elles ont vu un chat déchirer un rat, de leurs propres yeux. Tu aurais dû voir le sang ! Et toi, un végétarien, tu lui demandes ce qui ne va pas ! » 


Il répondit : « Tu consommes la viande, pourquoi es-tu choquée que votre chat fasse de même ? Votre viande est cuite et la sienne ne l'est pas. Autrement, c’est la même chose. »


Amma, stupéfiée et sur la défensive, répliqua, « Nous achetons notre poulet au supermarché, où il a été correctement nettoyé et bien emballé. Il n’y a pas de sang qui coule par terre. » 


Tonton rit et ajouta : « Ce n’est pas une explication, ça! Vous savez que le poulet n’est pas arrivé sur l'étagère par miracle. C’est quelqu'un d’autre qui te l'a tué, pour toi, et nettoyé. » 


Janaki regarda Amma, ses soeurs et son oncle, et dit : « Tonton, alors ça signifie qu’on ne doit pas manger de viande ? » 


Tonton répondit doucement : « Chère petite, les humains ont des dents et un système digestif conçus pour consommer les végétaux. Le chat, lui, est conçu pour attraper, tuer et manger la chair. Il n'a pas tort de le faire pour se nourrir, lui et sa famille. Mais nous, les humains, on tue les bêtes, cuisinons leur chair pour la ramollir, puis on la mange. Ce n’est pas nécessaire. Nous n'avons pas besoin de tuer pour manger. Nous, humains, sommes censés pratiquer ahimsa, la non violence, respecter la vie de chaque créature de Dieu. J'ai pris conscience de ce principe étant jeune et je suis très content d'être végétarien, tout comme mes parents, vos grands-parents. »


Pendant un temps, personne ne disait mot. 


Puis Janaki, âgée de huit ans, rompit le silence : « Je pense que je serai désormais végétarienne ». 

« Moi aussi », déclarèrent Reshma et Vani au même moment. 


Appa regarda Amma, puis Tonton et dit : « Je savais bien que ce jour arriverait tôt ou tard. Je n’ai jamais été confortable avec la viande. Dorénavant, nous sommes redevenus une famille végétarienne ! »

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