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Manuscrits lémuriens

Origines, histoire et destin de l’humanité

Satguru Sivaya Subramuniyaswami

Chapitre 26

Le tapas de la kundalini

340 La kundalini qui, pendant la transition du kali yuga au Sat Śiva Yuga imprègne le corps physique en tant que rayon, détermine comment se déroulera la vie de l’âme individuelle  jusqu'à ce qu'elle ait vécu quarante-sept ans sur la planète. C'est durant notre quarante-huitième année que nous devons changer nos habitudes, intensifier l’exercice physique,  la respiration et la méditation, pour accélérer ce changement alors que l’influence passée de la kundalini diminue et que sous l’impulsion régénératrice, de nouvelles tendances se forment. 


La réorientation de la kundalini après 48 ans

341 La kundalini est la vie de l'homme. Pendant les années d’activité sexuelle, cette force se dirige vers d'autres êtres du plan physique, ce qui commence déjà à se produire dans nos communautés, non pas pour engendrer mais pour le simple plaisir et effectivement ne produisant pas de descendance, cette force se déverse alors vers l'être du sexe opposé qui a été son partenaire sexuel. Cet écoulement forme des zones subconscientes dans l'esprit de l’individu, et des strates d'énergie mentale conglomérée. Nous avons découvert que la réorientation de cette force de kundalini se produit entre les âges de quarante-huit et cinquante-quatre ans, et si le corps physique est soumis à un exercice intensif - en le plaçant dans des positions calmes, l'une après l'autre, tout en respirant profondément et régulièrement, et en priant les dévas et les Dieux - cette réorientation peut s'accomplir en un seul cercle. Une fois accomplie, elle se manifestera de manière assez évidente, car le plus essentiel de la  nature-même de l’individu changera. Et nous avons constaté que si un père de famille devenait un sādhaka entre quarante-huit et cinquante-quatre ans, cette nouvelle direction de la kundalini, pendant la période naturelle du déploiement de celle-ci, serait encore accélérée. 


Les tapas du quadragénaire 

342 Si, à ce moment de sa vie, un moine en jaune ou en orange passe par ce changement, ce sera imperceptible si son guru est toujours vivant en son corps physique, car une grande stabilité et un darshan naturel seront présents pour le soutenir. Mais si son guru n'est plus dans le corps physique à ce moment-là, il faudra faire des tapas supplémentaires pour siphonner ce darshan naturel. Mais celui-ci se produira automatiquement pour celui qui est en jaune ou en orange une fois que ce changement d’âge et de flux de kundalini se sont produits. Le darshan sera si puissant qu'il lèvera parfois le tapas du moine en jaune et le mènera à l'orange. Mais le moine, pendant toute la durée de ce processus de changement de kundalini, ne doit jamais laisser ce darshan se transformer en feu, et doit maintenir l'équanimité qu'il a été formé à constamment produire en lui-même. Les gurus de notre époque utilisaient parfois ce feu pour intensifier les tapas de certains d'entre nous. Mais nous, nous n’avons jamais été autorisés à infliger de tels feux. 


La gouvernance des gurus pendant le kali yuga 

343 Le tapas adoucit le feu tandis que la kundalini s’ajuste en nous, en même tant que nous servons dans ces magnifiques monastères sivaïtes qui se préparent au sommeil du kali yuga, lorsqu'ils ne seront plus que des forces subtiles rayonnantes imprégnant le darshan, prêtes à rejaillir au moment opportun. Durant le kali yuga, nos gurus,  ceux qui ne quitteront pas la planète, ne seront plus accessibles. Mais ils  reviendront à la fin de ce yuga et deviendront les ajusteurs, les législateurs et l'intelligence qui gouvernera de vastes communautés. Pendant tout ce temps, le Dieu Skanda les soutiendra, leur accordera des pouvoirs, les dirigera, annulera le karma de leurs erreurs et renforcera leur succès inhérent: celui de l'intelligence qui prévaut sur l'ignorance et le mal. 


Umāgaṇeśa, Skanda et le Dieu Śiva

344 Même maintenant, à la fin du dvapara yuga, ces gurus sivaïtes sont indépendants. Nous mettons en œuvre les instructions des gurus, sachant qu’elles proviennent de Gaṇeśa, de Skanda et de Śiva, qui conseillent ces gurus. Et nous savons tous que Dieu Umāgaṇeśa se fait sentir, ainsi qu’Hanumān, auprès des membres les plus anciens du conseil des aînés de chaque monastère. Pour eux, le guru n’est autre que Dieu Skanda dont la tête est celle de Śiva. Śiva étant immobile au centre de l'univers, c’est Dieu Skanda qui voyage parmi nous tous. Śiva plane au-dessus de tout, allant de planète en planète sans y être attaché, par dessus tout, en dessous de tout, et à travers tout. Les deux, Śiva et Skanda, ne font en fait qu'un seul, mais semblent distincts. 


Tapas éteint le feu de kundalini

345 Les gurus de notre époque accordent le tapas pour annuler les effets néfastes du feu de kundalini dans nos corps intérieurs alors qu’on se rapproche de plus en plus de Śiva. Nos tapas ont également servi à annuler l'effet de notre feu sur le corps exterieur du guru. Nous avons tous une connexion directe avec notre guru, qui est des plus sacrées et doit être cultivée et préservée à tout moment, sinon nous ne pouvons pas rester dans ces monastères et devons fouler pour un temps la conscience de ceux qui vivent aux alentours jusqu'à ce que la connexion soit renouvelée et que nous suppliions à nouveau d'entrer et soyons acceptés. Car grâce à cette connexion avec le guru - créée par le pouvoir expansif de la kuṇḍalinī pour que nous fassions équipe avec lui - nous accomplissons la mission qui nous incombe pour le bien de tous habitant notre planète. 


Le porte-parole singulier du guru

346 Ces gurus ne peuvent être approchés que par certains d'entre nous. Ils sont hors de portée.  Aucun d'entre nous ne peut communiquer avec eux. Ils s’entretiennent avec nos Dieux, commandent aux dévas et aux génies qui sont à leurs ordres. Mais lorsque nous apparaissons en tant qu’Umāgaṇeśa au sein du conseil des aînés,   ils sont obligés de nous rechercher. Notre guru est là, venu à notre rencontre. Il dirige, recommande, conseille et réprimande. 


Sous la direction du guru

347 À l'occasion, le guru prescrit un guru-tapas, qui consiste à être sous la direction du guru lui-même, ce dernier ayant habilement choisi celui qui est en mesure de remplir la mission qui lui incombe. Une fois le guru-tapas prescrit, nous prenons soin d’en rester là et ne pas nous immerger par mégarde dans d’autres domaines mentaux où se meut le guru, et nous ne sommes plus autorisés à participer aux réunions du conseil des aînés. Nous portons l’habit jaune et adoptons une posture des plus humbles dans tout monastère où nous nous trouvons. Lorsque nous voyageons avec lui, notre ancienneté n'est pas perdue dans le monastère de départ, mais le guru-tapas ne se termine pas tant que nous n'avons pas passé une lune dans ce monastère. C'est alors que nous reprendrons notre poste et nos obligations habituelles. 


Le remède à l’attachement personnel au guru 

348 Lorsqu’un moine ne gère plus correctement son équanimité et son humilité en raison de son attachement personnel à son guru, il tient les rênes de son guru. Ceci, nous dit le guru de ce monastère, est indéniablement nuisible aux membres de tous les monastères. C'est pourquoi le guru ordonne parfois certains tapas par le biais du conseil des aînés, avec ou sans explication, pour permettre au moine individuel qui s’appuie de manière inappropriée sur son guru de lâcher prise, afin que celui-là puisse, par l'intensité du tapas, se réattacher au courant fibreux de la force de kundalini, renforçant ainsi son corps subtile et la connexion de celui-ci avec les corps extérieurs. Il annule ainsi les ramifications de la pensée et renouvelle son engagement au destin qu’il doit atteindre et ne peut faire qu’en redirigeant les mêmes forces qui gênaient le guru vers l’intérieur de lui-même. C'est ainsi, nous dit notre guru, que les Dieux et lui-même peuvent stabiliser profondément et donner à tout moine traversant une épreuve la force qui équilibre au lieu de siphonner. Ce pouvoir, que notre guru a accumulé depuis de nombreux yugas, est devenu si subtil et raffiné qu’il est imperceptible quand on ne fait qu'un avec lui, mais bien perceptible lorsqu’il nous fait défaut. La méthode de guérison des gurus sivaïtes sur cette planète à l'heure actuelle, c’est le tapas, la transformation de la kundalini en feu dont les diverses sortes de chaleur et d’intensité permettent d’atteindre certains objectifs. Ainsi, chaque monastère sivaïte est tout un univers, anticipant avec enthousiasme la venue de notre guru, et sachant qu'il est toujours proche et en communication directe avec l'Umāgaṇeśa du conseil. Car son existence est la nôtre et nous comble. 


La joie imperturbable de notre guru

349 Le guru ne discutait jamais de quoique ce soit avec nous, que nous soyons proches de lui en guru-tapas ou que nous siégeions au conseil en qualité d’Umagāneśa. Il écoutait les questions qu’on lui posait et répondait de manière directe et précise. Normalement, nous écrivions ses réponses pour que la clarté persiste. Une fois que toutes nos questions étaient satisfaites et que rien d'important ne se produisait plus, il nous divertissait par sa gaieté et parlait de choses inédites  qu'il voyait dans les mondes subtils que nous, nous ne savions pas voir. Selon lui, tout était parfait, est toujours parfait, et sera toujours parfait même à travers l'obscurité du kali yuga. Il était difficile d'appréhender totalement cette philosophie, malgré son bien-fondé en ces temps changeants, alors que l'obscurité imposante du prochain yuga jette déjà des ombres dans l'esprit de certains qui entourent nos monastères. 


Mauna tapas, guérison par la quiétude

350 Notre guru prescrivait mauna tapas, le tapas qui consiste à ne pas parler, à ceux qui se préoccupaient à l’excès de la communauté entourant nos monastères, tellement qu’ils ne pouvaient plus l'oublier après leur entrée au monastère. Pendant la nuit, ils s’égaraient au-delà de nos murs, tellement vite et avec tant d’ardeur que les gardiens ne pouvaient pas les arrêter. Bien que leurs motivations soient nobles, nous préférerions qu'ils restent au sein du monastère et assistent plutôt, dans le monde astral, à une conférence, à la diffusion d'un grand enseignement de notre guru, ou d’un guru voisin. Lorsque le moine en mauna tapas ne parle pas, ses pensées perdent  de leur force ; de nouvelles rivières de kundalini s’ouvrent et les préoccupations extérieures et au-delà des murs du monastère ne sont plus qu’intérêts éphémères. On employait souvent cette forme de tapas pour guider les sādhakas ou moines en jaune qui avaient du mal à rester ici avec nous toute la nuit. Leur seule échappatoire à cette contrainte étant de se fondre dans le Soleil Central, le Soi au-delà de toutes les planètes, de tous les univers et de toutes les complications qui convoquent notre perspicacité et notre compréhension. Pendant certains tapas, tel que le mauna, on recommande certaines plantes médicinales pour renforcer la connexion entre les corps intérieurs et celui-ci. On doit, à l’occasion, cueillir et se servir surtout d’herbes et de plantes qui n’ont pas à être cuites. 


Bâtons d'ancienneté ; baguettes de pouvoir

351 Interrompant mon écriture et avant que je la transmette aux éthers pour l’avenir, je remarque devant moi le plus jeune d'entre nous aux prises avec le choix d'un nouveau conseil des aînés. Il a oublié la formule, et un moine plus âgé l'aide. Il tient un bâton dans sa main et demande le sens de certaines de ses encoches. Autour de la partie supérieure du bâton, qui est carrée avec un sommet arrondi, la marque de Śiva, se trouve un groupe d'encoches à chaque coin. En dessous et autour du bâton, un trait taillé dans le bois fait le tour et sépare un groupe d'encoches des autres. Au-dessus de ce trait, dans un coin, une encoche indique l’âge physique. Si l’on tourne le bâton dans le sens des aiguilles d’une montre, dans le coin avoisinant, deux encoches indiquent l'âge monastique. À l’autre extrémité, on retrouve ces trois encoches qui forment un cercle. Tous les trois sont indiqués par des encoches en dessous, représentant un cercle. De l’autre côté du bâton, quatre petites encoches indiquent la résidence au sein du monastère où il se trouve en ce moment. Elles sont plus rapprochées que les autres et indiquent les lunes monastiques. Une encoche plus grande que les autres s’intercale entre elles, indiquant un cercle. Plus le moine prend de l’âge, dans l'un de ces quatre calculs, plus le bâton doit s’allonger, les encoches les unes à côté des autres ressemblant à des chaînes de montagnes et leurs vallées. Ainsi, expliquait le moine senior, la simple longueur de son bâton comparée aux autres indiquait la séniorité relative de ce jeune moine. Pour les moines très âgés, ces bâtons devenaient des sceptres de puissance et de pouvoir, et par eux, on pouvait transférer des énergies pour une fin donnée. On les gardait précieusement et les plaçait avec soin  dans le creux du dos, où ils demeuraient en tant que symbole de notre Dieu Skanda, vivant au plus profond de notre colonne vertébrale. 


Le guru interroge l'Umāgaṇeśa

352 Une fois que le tout jeune avait choisi l’Umāgaṇeśa, notre guru s’entretenait avec lui, le mettait à l'épreuve quant à sa connaissance des śāstras en lui posant des questions relatives aux situations et difficultés actuelles, comme s'il ne connaissait pas lui-même les réponses, pour que celui-là les résolve selon ses connaissances des sastras. La solution était toujours indiquée dans les śāstras. Le moine capable de s’occuper de mettre la solution en pratique consultait Umāgaṇeśa lui-même et cherchait sa réponse sage et śāstrique. Une fois que ce moine avait mémorisé et interprété avec sagesse ces indications śāstriques,  c’est lui qui devenait à présent le canal parfait permettant à Umāgaṇeśa de faire ce qu’il fallait pour nous maintenir tous, dans le temps et l'espace, dans nos catégories appropriées. 


Reconnaissance pour la grande intelligence des śāstras 

353 Chacun de nous qui vivions au monastère depuis longtemps étudiait fidèlement les śāstras et portait à notre attention beaucoup d’enseignements que nous tenions pour acquis dans la culture, et bien que nous les ayons connus et mémorisés au début de notre formation, nous les vivons si bien à présent qu'on en a oublié la source. Notre guru était toujours heureux que nous soyons si perspicaces, que nous savions mettre en avant la solution, la réponse, les instructions, ou le tapas à prescrire qu'il nous aurait lui-même indiqué selon sa propre sagesse.