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La vraie richesse


Soudain, me voilà plongé au cœur d’un village à quelques kilomètres de Jaffna au nord du Sri Lanka . J’y étais venu avec mon ami Udayan qui habite Montréal, comme moi, et qui est originaire de ce même village qui se nomme Kopay (pron. co-paille), et plus précisément, Kopay Center. C’est Udayan qui m’a invité à l’accompagner jusqu’ici pour participer à un évènement majeur dans la vie de sa communauté et de leur temple.


Dès mon arrivée, je suis chaleureusement acueilli et je me sent déjà un des leurs ! Le doyen du village me fixe du regard — et quel regard ! — puis il prend mes mains et m’inonde de bienvenue et d’amour.


Le moment précis quand le doyen du village accueille Jayyam.


Je suis déjà conquis. Je dépose mes bagages et on m’informe que je dois immédiatement aller au temple du village (un temple Kali Amman). J'accepte allègrement et, dès mon arrivée au temple, je suis frappé par sa force. J'ai l'impression d'avoir été introduit dans le cœur de chacun des villageois, dont beaucoup sont dans le temple à m’accueillir ! Ils me regardent tous avec intensité.


Grâce à mes voyages antérieurs en Inde, je sais que ces humbles villageois hindous ne possèdent pas grand-chose. Ils n’ont que leur petit lopin de terre, leur modeste demeure et, tout au plus, un meuble ou deux. Cependant, leur regard me dit qu'ils ne sont aucunement dans la misère.


Je ne peux saisir tout ce qui se passe en moi en si peu de temps ; je me retrouve dans un moment suspendu où je revis une expérience en Inde quelques années auparavant. J’assistais à la naissance d'un village. Ceux qui allaient en devenir les habitants choisirent ensemble, suivant le conseil d’un prêtre, un symbole. C’ était un petit murti (une statuette ou objet en pierre) représentant Dieu Ganesha. Par cette action, les villageois établissaient une base : un lien avec ce Dieu et avec le monde des Dieux. Et par ce lien, découlerait un darshan (une grâce ou une force spirituelle provenant d’en haut) qui leur donnerait la confiance, la force, la foi ainsi que la sagesse nécessaire pour faire face au karma et s’en sortir d’autant plus forts.


Au fil des jours, des mois et des années, on décore ce symbole, puis on lui construit un petit abri avec l’aval du prêtre, toujours, puis un plus grand et plus bel abri. Il devient un sanctuaire et enfin, un jour, un temple muni de tous les éléments nécessaires à son fonctionnement.


Le temple est donc, depuis sa première et simple expression, le cœur de toute la communauté.


Ma pensée se trouve ramenée au présent par le bruit sec d’un coco qu’on écrase. Je regarde les gens qui me regardent. Et dans leurs yeux, c’est une immense richesse que je vois, une richesse qui ne peut se perdre à la bourse et qu’on ne peut jamais leur soutirer, une richesse qui se passe de père en fils, de mère en fille depuis d’innombrables millénaires.


Les hommes du village sont presque tous jeunes, parce que la grande guerre du Sri Lanka qui s'est terminée en 2009 a décimé la plupart des pères. Et ces jeunes se sont retrouvés seuls avec leurs mamans. La photo montre qu’ils ont aujourd'hui aux environs de 20 ans et qu’ils n’avaient alors en moyenne qu’environ 7 ans. Ils se sont retrouvés très jeunes avec beaucoup de responsabilités qu'ils ont assumées avec brio ! Jayyam les considère de véritables héros. « Je pense que leurs capacités découlent en grande partie du temple où ils priaient Dieu Murugan et Déesse Amman chaque matin pour demander la force nécessaire pour soutenir leurs familles et leur communauté dont ils étaient devenus les jeunes pourvoyeurs et les chefs ! Je suis emerveillé et extrêmement fier d'eux ! Le jour de mon anniversaire le 9 mars, j'ai décidé de me faire un cadeau en achetant un chandail neuf pour chacun des jeunes et leur donnant 1 000 roupies chacun (5$). En plus, j'ai fais une contribution importante à leur centre culturel (nouveau bâtiment qui a pris 10 ans à construire) afin qu'ils puissent acheter des violons, ainsi que les coûts de professeurs en chant et en violons etc.... ! Ces villageois et leurs jeunes ont été pour moi une expérience extraordinaire.


*

À propos de l’auteur


Jean-Marie « Jayyam » Dionne est né à Montréal en 1960 où il vit toujours. Il est retraité des services publiques et passe ses journées surtout au temple Thirumurugan, où il se rend régulièrement dès 5h du matin pour aider les prêtres à préparer la tournée quotidienne des pujas. Cette tâche est pour lui une perpétuelle expérience religieuse — une « véritable bénédiction quotidienne, » déclare-t-il. Son premier voyage en Inde en l’an 2000 déclencha en lui une transformation qui se poursuit jusqu’à ce jour, comme en témoigne ce petit article. Un tout nouveau monde venait de s’ouvrir à lui intérieurement autant qu’extérieurement. Depuis, il se rend régulièrement en pèlerinage au Sri Lanka, en Inde, à Hawaii et à l’île Maurice, pays natal de son épouse, Rogini.


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